|
Revue républicaine
Au lendemain de l’attentat d’Ajaccio Le nationalisme corse dans l’impasse samedi 1er octobre 2005 Il y a trente ans, le 21 août 1975, se déroulait la tragédie d’Aléria, au cours de laquelle deux personnes trouvèrent la mort. C’est par ce baptême du sang que naquit le mouvement nationaliste corse contemporain. Léo Battesti se trouvait parmi les militants engagés dans cette dramatique opération, avant de fonder, en 1976, avec quelques autres, le FLNC. Le 22 août dernier, le quotidien Libération donnait la parole à Léo Battesti, alors que, rangé des voitures piégées, il est devenu le paisible président de la Ligue corse d’échecs. Et, parlant d’échecs, ce « repenti » évoque sans état d’âme celui de trente ans de combat nationaliste. Sans remettre en cause le fond de ses convictions, il constate en effet que le mouvement nationaliste corse n’a jamais été capable de dépasser le clanisme ni de marginaliser les clandestins au profit d’un véritable projet politique. « Le bilan global, c’est que les nationalistes se trouvent aujourd’hui dans une impasse totale. », résume-t-il sans nuance, avant d’ajouter : « Aujourd’hui, la dérive mafieuse est généralisée. On recense à Bonifacio plus de morts violentes que dans certaines grandes villes américaines. » Face à ces lamentables dérives, le nationalisme « ressasse », « tourne en rond ». Alors que trente ans d’histoire permettent de voir que la multiplication des attentats, des assassinats et des rapines n’ont pas fait avancer la cause nationaliste d’un iota, les indépendantistes refusent toujours, à la différence des autonomistes du Parti de la nation corse, de condamner l’action violente. Lors des dernières « Journées internationales » de Corte, début août, plusieurs responsables de mouvements n’ont d’ailleurs rien trouvé de mieux que d’affirmer, suite à l’annonce par l’Armée républicaine irlandaise (IRA) de renoncer à la lutte armée, que ce précédent n’avait pas pour le moment vocation à servir de référence en Corse, où les attentats ont repris avec intensité cette été. Redoutable pour les combattants actuels de la corsitude politique — Jean-Guy Talamoni en tête — l’ancien cagoulé égratigne aussi les promoteurs de projets ethnistes tels que la sinistre « corsisation des emplois » ou entre la carte d’identité corse, fugace initiative aujourd’hui remisée au bêtisier de l’histoire. Selon Battesti, « le peuple corse est à construire, et pas uniquement à décréter. » Si un peuple corse était à construire, une chose au moins serait sûre, c’est qu’il mériterait mieux que des nationalistes dévorés d’ambitions personnelles et abîmés dans l’affairisme pour en poser les fondations. Mais le jour où les organisations paramilitaires auront en Corse, après l’Irlande et, bientôt peut-être, au Pays basque, tiré les conséquences de l’absurdité de leur action, il faudra avoir l’œil sur la reconversion des porte-flingue : habitués à la violence, à la clandestinité et aux gratifications financières et symboliques liées au statut de « combattant », ils peuvent toujours recycler leurs compétences. Xavier Crettiez, dans une longue analyse du déclin des mouvements nationalistes armés publiée par Le Monde [1], nous avertit : « Enfin, la démilitarisation du champ politique et le délitement des organisations paramilitaires peuvent également conduire à une recomposition de la violence qui, à défaut d’idéologie, devient sociale et criminelle. Le risque est grand, singulièrement en Corse, que l’éradication des “politiques” ne laisse le champ libre aux appétits mafieux, en mèche avec d’opportunistes retraités du nationalisme. On ne sort pas sans douleur de plusieurs décennies de troubles. C’est aussi à une culture de la violence, qui modèle de plus en plus les rapports sociaux, qu’il faut renoncer. Ce ne sera pas facile et ce sera long. Faire la paix est toujours plus compliqué que briller par la guerre. » Le dernier et odieux attentat à la roquette contre la préfecture de Corse-du-Sud, qui faillit être tragique, donne à cette conclusion une redoutable actualité.
Frederic BECK __________ [1] Xavier Crettiez, « IRA, ETA, FLNC : l’agonie des illusions militaristes », Le Monde, 23 août 2005. Article visité 3009 fois. |
|
|||