Revue républicaine
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Au lendemain de l’échec cuisant de la droite aux régionales

Une machine à perdre

La rupture ?

vendredi 26 mars 2010

 

Les régionales de 2010 ne sont pas la réplique exacte de 2004 : à bien des égards, elles ont atteint au coeur la machine de guerre sarkoziste.

En politique, une vieille règle veut que l’on périsse par là même où l’on prit le pas sur ses adversaires. En 2004, la déroute de la majorité avait achevé de jeter l’UMP dans les bras de Nicolas Sarkozy, lui ouvrant la voie pour la présidentielle. Les sarkozistes, François Fillon en tête, n’avaient eu alors de cesse d’éreinter les chiraquiens responsables de la désaffection civique traduite par une abstention conséquente et un score élevé du Front national. Et, il est vrai, l’élection présidentielle de 2007 a laissé à penser que Nicolas Sarkozy était en mesure de réconcilier les dirigeants avec les Français. L’échec de 2010 n’en est que plus mordant.

Une déroute d’ampleur

En 2010, l’UMP n’a pas été en mesure, hormis à La Réunion, de regagner le terrain cédé à la gauche en 2004, mais pire, elle a offert à la gauche une majorité absolue comme elle n’en avait pas connu jusqu’alors. Y compris dans les départements réputés modérés ou conservateurs, l’UMP se retrouve minoritaire : Orne, Vendée, Lozère... sans même parler des symboliques Hauts-de-Seine. Des Régions perdues de peu en 2004 ont cette fois-ci voté sans ciller pour leur président de gauche sortant (Basse-Normandie, Champagne-Ardenne). Les « bonnes surprises », ânonnées par les candidats de l’UMP avant le 1er tour sur consigne de l’Elysée, auront surtout été pour le FN, revenu hanter la droite parlementaire. N’en déplaise aux porte-parole officiels de l’UMP, la défaite des 14-21 mars 2010 attaque l’idée que seul N. Sarkozy puisse faire gagner son camp.

Une campagne sans queue ni tête

Il n’est guère étonnant que l’électorat de droite ait fait défaut à l’UMP, tant la campagne du mouvement présidentiel aura été malmenée par les revirements de l’Elysée. D’une campagne nationalisée à outrance, aux allures de plébiscite de la présidence et de son action contre la crise, l’UMP est passée, vox presidandi oblige, à une logique de campagne locale. Les citoyens n’ont guère eu de peine à y voir une grosse ficelle, aidés qu’ils furent par un Président de la République allant jusqu’à se mêler de la composition des listes.

Auberge espagnole

La stratégie de 2010 était claire : éviter la division de la droite et du centre comme en 2004. Résultat, l’UMP s’est épuisée dans la constitution de listes kaléidoscopes associant des candidats aussi éloignés que des partisans de Jean-Marie Bockel et de Philippe de Villiers. Certes, le Modem a été réduit à la portion congrue. Mais cela ne tient pas à la stratégie de l’UMP : à trop embrasser, le parti conservateur a mal étreint sa propre base, de moins en moins favorable à « l’ouverture » qui bénéficie surtout aux heureux récipiendaires de postes à l’intérêt plus ou moins discutable ! Cette union forcée a satelisé les partis associés à l’UMP, notamment les moins petits d’entre eux (NC, MPF), mais en faisant fuir leur électorat, les uns dans l’abstention, les autres plus à droite.

Rupture... avec le peuple

Le succès du FN renvoie au divorce entre N. Sarkozy et les Français les plus modestes. Le réel crédit dont jouissait le Président dans les milieux populaires n’a pas résisté aux changements incessants de braquets politiques et au sentiment, de plus en plus affirmé, que N. Sarkozy se paie de mots. Le Président de la République a beau prédire la baisse du chômage ou tancer tel PDG de multinationale, les Français ressentent surtout que Nicolas Sarkozy est impuissant à relever les défis posés à la Nation. Quant au vedettariat et au clinquant de la présidence, tolérés sous réserve de résultat, ils sont devenus, dans l’esprit public, la marque de fabrique sarkozienne.

Et maintenant ?

En campagne permanente, N. Sarkozy dispose d’une réelle capacité à rebondir. Sa main-mise sur l’UMP n’est pas entamée. Si, à deux ans de la présidentielle, une brèche s’ouvre pour les gaullistes et les républicains, ils doivent d’abord s’unir — une gageure ! Et leur plus grand défi sera de trouver une réponse adéquate et durable au FN, dont la stratégie de banalisation menée par Marine Le Pen l’enracine profondément dans les milieux populaires de France.

Marc-Émile TOURNEMIRE
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