Revue républicaine
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Hommage

À demain, Séguin !

dimanche 10 janvier 2010

 

Le chagrin que nous éprouvons depuis l’annonce de la disparition de Philippe Séguin nous pousse à laisser filer sans nous, un moment, le tourbillon quotidien pour nous abandonner à la mémoire. D’instinct, parce qu’il nous manque déjà tant, nous retournons le chercher dans ses textes puissants, en repassant des séquences télévisées mémorables, en réécoutant le tribun à la voix rocailleuse et douce à la fois, en allant chercher même, pour certains qui ont eu la chance d’être à son contact dans une période ou une autre, des souvenirs très personnels. Il est aisé alors de ressentir la rectitude et les aspérités du personnage, ce caractère faussement paradoxal qui est le propre des hommes qui ne s’embarrassent pas de concessions.

Le gaullisme a bercé mon enfance politique. Un gaullisme où se juxtaposaient, confusément, les figures de Charles de Gaulle, de Georges Pompidou, de Michel Debré, de Pierre Messmer, de Marie-France Garaud, de Jacques Chirac. Philippe Séguin était alors parmi d’autres, plus grognard peut-être que général d’empire. Croulant sous l’hermine et les décorations dans les ors de la rue Cambon, il est d’ailleurs resté grognard jusqu’au bout. Peut-être est-ce cela qui d’abord m’attira. Je suivais de loin l’impétueux maire d’Epinal jusqu’à entendre, puis lire, et relire, son Discours pour la France. Jamais je n’avais lu, d’un homme politique contemporain, une telle déclaration d’amour à la nation, à la République, à la France. Jamais je n’avais trouvé, depuis le Général, de vision politique si dense et si conforme à mes croyances et mes espérances. Philippe Séguin me fit passer, en politique, de l’enfance à l’âge adulte, c’est-à-dire qu’il me permit, par son discours et son action, par ce qu’il a déployé de lui-même, de donner du corps et des raisons à mes croyances et espérances pour en forger des convictions.

C’est ainsi que, place de la Concorde, un soir de mai 1995, j’étais de ceux — rares où je me trouvais — qui scandaient « Chirac à l’Élysée ! Séguin à Matignon ! » quand la foule répétait le nom d’Alain Juppé. C’est ainsi que j’observais, avec une attention toute particulière, ce président de l’Assemblée nationale plus volumineux et intransigeant que les autres. C’est ainsi que, avec quelques uns qui lui furent proches lors de sa présidence du RPR (juillet 1997-mai 1999), nous créâmes dans son sillage, en mai 2000, une association de jeunes gaullistes dont Philippe Séguin accepta la présidence d’honneur. Appel d’R alla au combat avec lui lors de la campagne municipale de 2001 et lui demeura toujours un loyal et fidèle soutien.

Retiré de la vie politique, Philippe Séguin resta pour nous une référence, une inspiration. Il l’est toujours et le sera encore. Certains de ses adversaires avaient encore du fiel à écouler au lendemain de sa mort. C’est dire que le héraut de « l’autre politique » les avait ébranlés. Ils se réjouissent presque de voir terrassé l’ogre gaulliste et imaginent que, du séguinisme, il ne reste rien. Bien au contraire : du séguinisme, il reste les fondamentaux du gaullisme de l’après-Guerre froide, du gaullisme dans la mondialisation, du gaullisme dans la « construction européenne », bref du gaullisme d’aujourd’hui. Mais il ne reste pas seulement un corpus de discours, d’ouvrages, de réflexions ; il reste aussi l’exemple d’une extrême exigence pour soi et les autres, de la rigueur d’une attitude qui le hissait à la hauteur d’un homme d’État quand tant de prétendus hommes d’État se trouvent à l’inverse, si souvent, dans des postures qui dégradent leur fonction. Du séguinisme il reste enfin les séguinistes. Dans l’ombre, le manque et le chagrin, mais aussi dans l’espoir de voir le flambeau repris, il y a ceux qui se connaissent, se reconnaissent, se retrouvent, mais aussi, tant le message et l’exemple laissés par Philippe Séguin portent plus loin qu’on ne l’imagine, ceux qui s’ignorent encore.

A demain, Séguin !

Frederic BECK
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