Revue républicaine
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Point de vue

Plaidoyer pour l’uniforme à l’école

samedi 12 septembre 2009

 

On évoque régulièrement le retour de l’uniforme à l’école. Une idée plaisante mais souvent fort mal justifiée.

Alertés par la mode en vogue chez les jeunes filles, notamment du « string apparent », des députés préconisaient il y a peu, le retour de l’uniforme à l’école, afin d’éviter les tenues « provocantes ». Des adolescentes, voire des préadolescentes qui se laissent tenter par la mode « Lolita » peut paraître de mauvais goût. Cependant, il est très douteux de rendre responsable la tenue des jeunes filles, de provocations à l’égard d’hommes vertueux… Cette vision des choses, décrite notamment dans le film La Journée de la jupe, est révélatrice du laisser-aller de notre société qui baisse les bras face à une régression de la condition féminine. Comme si les agressions de type « tournante » n’étaient pas dues à la perte totale du sens des réalités par des jeunes hommes ignorant le respect élémentaire dû aux femmes, comme si les viols sur mineurs par des adultes n’étaient pas dus à la perversion d’esprits dérangés. Comme si tous ces crimes odieux étaient la conséquence logique de la provocation vestimentaire de leurs victimes...

L’argument est dangereux et le raisonnement similaire qui consiste à défendre le retour de l’uniforme comme deus ex machina de la lutte contre le racket à l’école, connaît la même réfutation, alors qu’il peut être justifié de meilleure manière.

Le sanctuaire de l’égalité républicaine qu’était l’école est devenu le principal lieu d’injustice sociale pour les enfants. Ces derniers construisent leur personnalité par le biais de la possession matérielle dont essentiellement les vêtements de marques. L’individualité des enfants ne doit prendre forme, au sein de l’école, que par le savoir, la connaissance de soi et de l’autre, le respect, l’entraide… au-delà de ses portes, les valeurs consuméristes de notre société contemporaine reprendront leurs droits, mais pour combien de temps ? En effet, un débat similaire eut lieu pendant la IIIe République : Ferdinand Buisson, grand artisan de l’école gratuite et laïque, considérait qu’elle devait être « comme dans la vie » et apprendre aux enfants la dureté des rapports de force et des injustices qu’ils rencontreront tôt ou tard. Célestin Bouglé rétorquait que cet apprentissage de la réalité n’était pas une bonne chose, que l’école devait plutôt devenir un « projecteur d’idéal », ajoutant : « nous y pouvons organiser des petites républiques artificielles où règne la justice. Est-il mauvais de l’y faire régner, en effet, afin que les enfants en emportent l’habitude et le goût, et qu’ils soient ainsi capables de rectifier, comme le veut la doctrine bien entendue de la solidarité de droit, le régime de la grande république où ils vivront ? ». Ce débat est loin de l’image poussiéreuse que peut avoir l’école de la IIIe République ; il est même d’une grande actualité dans notre société du mépris par l’argent. Les enfants doivent apprendre que ce n’est pas le logo d’un t-shirt qui fait l’individu mais son être. Le port de l’uniforme est une réponse appropriée à cette problématique contemporaine.

Sur la question de la mise en pratique, on sait très bien que les enfants arriveront à détourner d’une manière ou d’une autre le port d’une blouse ou d’un uniforme, de façon à exhiber certains signes extérieurs de richesse. Qu’importe, la force symbolique d’une telle mesure marquera les esprits : la République dans son idéal veut que les enfants ne soient pas discriminés par la classe sociale à laquelle ils appartiennent, elle ne cherche pas une égalité au point d’arrivée, mais pour reprendre les termes d’Henry Michel : « Moins d’inégalité au point de départ ». Concernant le coût d’une telle mesure, il sera toujours plus modique que celui du passage à une société individualiste où la solidarité en serait absente.

Les valeurs républicaines nous appellent à réduire l’odieux sentiment d’injustice sociale qui existe dans les cours d’écoles, et a fortiori quand il est basé sur la fortune.

Olivier AMIEL

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